« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! »

(Extrait du poème « Le lac » de Alphonse de Lamartine)

***

En 2026, le temps n’est plus une simple variable : c’est un champ de bataille. Entre l’urgence imposée et le besoin de ralentir, où se situe l’équilibre ?  Et comment le coaching peut-il y jouer son rôle ?

L’urgence, une maladie moderne ?

Dans son essai « Le culte de l’urgence », paru en 2003, Nicole Aubert mettait déjà l’accent sur les dommages collatéraux de l’accélération tous azimuts.

Plus de 20 ans ont passé, et le phénomène d’accélération s’est encore amplifié, notamment en lien avec la généralisation des outils numériques et de l’automatisation des tâches, de sorte que l’immédiateté apparaît aujourd’hui comme l’alpha et l’oméga de nos sociétés. Cette tendance ne peut que s’amplifier avec l’irruption de l’IA dans tous les secteurs de nos sociétés.

Dans cette fascination pour la vitesse et l’accélération, certains parlent même de « bradyphobie » : une peur profonde du ralentissement. Pour ceux qui en sont atteints, « ne rien faire » est insupportable et le ralentissement n’est pas neutre ; en effet, il active des pensées angoissantes du type « je perds ma vie », « je vais me retrouver face à moi-même », « si je m’arrête, tout s’écroule ».

Certains coachs ont emboité le pas à cette injonction d’accélération relayée par les organisations, en proposant des formats courts : réduction du nombre de séances (comme dans le coaching orienté solutions), voire parfois de la durée des séances (que certains ramènent à une heure, voire même moins !), et en généralisant le coaching « online », afin d’éliminer les temps de trajet vers le lieu de la séance.

Je ne partage pas du tout cette conception de la valeur ajoutée du coaching, car je crois profondément que, s’il y a, de la part des entreprises, une demande de plus de rapidité, elles ont, en fait, un réel besoin de ralentissement. Et il me semble que tout le travail du coach consiste à tenir cette tension…

Le coaching : luxe ou nécessité ?

Lorsque les coachs ne cèdent pas aux chants des sirènes de l’urgence, le coaching fait figure d’espace de respiration, assez alternatif dans son esprit, car, moyennant un temps suffisant (cycle de 20 heures), il ouvre un espace extrêmement rare et précieux aux managers qui s’y engagent. Ceci est d’autant plus vrai que, par ces séances, on soustrait deux heures consécutives à la pression des appels téléphoniques et notifications diverses, autorisant une réflexion ininterrompue sur un ou plusieurs sujets, ce qui est rarement possible au bureau (en présentiel ou en distanciel, d’ailleurs), où le travail est constamment fragmenté, voire pulvérisé.

D’ailleurs, le premier bénéfice que perçoivent très rapidement les coachés réside dans la mise en pause de la course effrénée aux urgences qui se déploie généralement tout au long de leurs semaines (et parfois de leur week-end), pour consacrer deux heures (auxquelles s’ajoutent les temps de transport) à l’accueil du vécu, puis la prise de hauteur, la réflexion, la discussion, la mise à l’épreuve de leurs croyances et à la recherche de nouvelles options d’action, plus ajustées à ce dont ils ont vraiment besoin pour atteindre leurs objectifs professionnels.

Le coaching offre aux dirigeants un luxe rare : la permission de s’arrêter pour faire le point sur ce qui est important et non urgent. Dans un monde où l’urgence dicte tout, c’est un vrai marqueur de leadership et donc, une nécessité.

Par ailleurs, en tant que processus s’inscrivant fondamentalement dans la durée (plusieurs mois à un an parfois, pour une mission), le coaching met aussi à l’épreuve, pour le client comme pour le coach d’ailleurs, l’impatience et l’anxiété de réussir. De fait, il y a très peu d’immédiateté en coaching et il faut croire en la capacité humaine à « cranter » très graduellement, ce qui garantit l’ancrage et donc la durabilité des changements qui vont être mis en œuvre…

Le coaching : une valse à 2 temps

Pour autant, on voit bien qu’un processus de coaching n’est pas linéaire et qu’il présente une alternance de temps faibles et de temps forts.

  • En ce qui concerne les temps faibles, le coach doit apprendre à les traverser sans anxiété, en respectant leur vertu pour le coaché, tout en veillant à ce qu’ils ne s’installent pas dans un processus par nature dynamique.
  • Pour ce qui est des temps forts, le coach doit chercher à les faire advenir et les chérir quand cela se produit, car ils provoquent immanquablement un mouvement vertueux d’accélération cognitive, émotionnelle et symbolique qui conduit à de grandes avancées, « bonds » du coaché vers ses objectifs.

Le coach doit donc veiller à être ajusté en termes de rythme et à permettre une alternance de :

  • Temps calmes (relevant plutôt du Chronos), où le ralentissement permet une accalmie, un approfondissement et favorise les prises de conscience,
  • Temps intenses (relevant plutôt du Kaïros), de bondissement où les idées surgissent et l’énergie croît, ce qui favorise une mise en mouvement et enclenche une dynamique d’évolution du comportement.

Il s’agit en somme de conduire le processus en actionnant alternativement le frein et l’accélérateur, afin de combiner la joie apaisante du ralentissement et l’ivresse (souvent contagieuse) de l’accélération.

C’est pourquoi on pourrait dire que le coaching est aussi un art de l’embuscade… La valeur ajoutée majeure du coach étant de sentir à quel moment le coaché est prêt à changer de rythme, et à accueillir une nouvelle idée, à se détacher d’une ancienne croyance, à intégrer une autre dimension, à s’engager dans une voie qu’il méconnaissait ou rejetait auparavant… A se donner le temps, en somme, tous les temps.

***

Et vous, quel est votre rapport personnel au temps ?
Comment le gérez-vous dans le cadre des missions de coaching que vous réalisez ?
Comment travaillez-vous sur cette dimension pour accroître l’impact de vos interventions ?
Prenez-vous le temps de traiter ce sujet en supervision ?