« Il faudra faire plus avec moins ! ». Combien de fois avez-vous prononcé ou entendu cette phrase, au travail, cette semaine ? Et si elle s’adressait à vous, quelle réaction cela a-t-il provoqué en vous ?

L’illimitisme a pénétré tous les secteurs de nos vies. Voyons comment et avec quel impact sur la pratique du coaching en entreprise…

Le « toujours plus » comme horizon…

Depuis le début du XXIème siècle, nous sommes entrés dans l’ère de l’Anthropocène et même y avons fermement pris pied.

Les humains, mus par leur rationalité légendaire, devraient donc à présent être conscients que non seulement les ressources terrestres ne sont pas illimitées (d’ailleurs 7 des 9 limites planétaires ont actuellement été dépassées), mais en plus, que la Terre est un système complexe et fragile dans lequel les activités humaines jouent un rôle extrêmement perturbateur et, au final, dangereux.

L’ensemble des connaissances scientifiques accumulées sur ce sujet depuis les années 70 pourrait ainsi nous conduire à une réflexion collective sur la notion de limite (limite à notre habitat, à nos activités, et donc à nos désirs).

Pourtant, on assiste justement à l’émergence de tendances marquées par la recherche d’illimité. On peut citer, à titre d’exemple :

  • Le transhumanisme, comme tentation d’abolir les limites humaines (corps, âge, mort) avec la promesse de « plugs » divers et variés (des exosquelettes aux puces greffées sur nos membres ou dans nos cerveaux, en passant par les substances que l’on peut ingérer) qui pourraient augmenter notre espérance de vie, nos capacités physiques ou intellectuelles, nos performances sportives…
  • L’exploration spatiale comme tentation d’abolir les limites d’une planète dans laquelle nous serions à l’étroit, confinés, pour nous échapper vers des mondes supposés meilleurs (Space X et son programme de base sur Mars),
  • Le libertarisme, avec l’affirmation tonitruante que rien ne doit faire obstacle à ma liberté, car elle est un absolu,
  • L’IA comme promesse de multiplication infinie de nos capacités de traitement de données, de production d’innovations et d’automatisation de production matérielle et immatérielle.

Comme si une partie des humains, victimes de leur hubris, était prise d’une ivresse de dépassement… Mais peut-on réellement penser que le « toujours plus » puisse être infini ?

L’entreprise en quête de développement continu

Dans les entreprises, qui sont les principaux opérateurs de l’activité humaine, on n’échappe pas à cette tendance, même si elle s’exprime surtout sur un registre économique : celui de la recherche permanente de croissance, du gain de nouvelles parts de marché, du lancement de nouveaux produits, de l’optimisation des process, de l’accroissement de la rentabilité… Bref, de l’idée de faire plus, toujours plus, parfois mieux (mais souvent avec moins).

Les dirigeants sont les premiers instigateurs de ce mouvement et c’est à eux qu’il incombe de mettre en œuvre les politiques imaginées puis décidées, et de les faire « atterrir dans le Réel ».

Ce sont donc eux, dirigeants et managers intermédiaires, qui se heurtent aux obstacles que le Réel oppose, parfois, à cette vision exaltée du « Toujours plus », à cet illimitisme…

Le rôle du coaching en question

Le coaching participe-t-il de cette espèce d’illusion collective en entretenant l’idée selon laquelle il serait possible de faire toujours plus ? Certains de ses détracteurs le pensent et l’en accusent. Ils lui reprochent de permettre au système de perdurer en restabilisant régulièrement certaines de ces composantes. Mais est-ce vrai ?

De fait, le coaching, surtout celui des dirigeants, est basé sur un paradoxe : Il vise, bien sûr, une forme de dépassement, et à permettre au coaché d’atteindre des objectifs généralement ambitieux. Et comme il est très efficace, les résultats sont le plus souvent au rendez-vous. Et en cela, il s’inscrit pleinement dans la philosophie du « toujours plus ».

Mais, dans le même temps, il est profondément ancré dans le pragmatisme et la mise en œuvre opérationnelle, effective, des ambitions. Il pose donc toujours la question des limites à ce qu’il est possible de vouloir, en tant que dirigeant.

Limite pour soi ?

La conscience de soi, qui est l’un des leviers de l’efficacité du coaching, conduit à identifier ses points forts et ses points faibles, avec l’ambition de renforcer les premiers et de réduire les seconds.

Mais elle s’articule avec la prise en compte du système : les ultimes limites d’un dirigeant pourront, au final, être compensées par les forces de ceux dont il choisira de s’entourer pour travailler. Par ailleurs, le coaching explore beaucoup la notion de marge de manœuvre. Or, celle-ci contient en elle-même la notion de limite. Le coaché peut beaucoup, mais ne peut pas tout…
On dépasse le cadre de réflexion strictement individuelle et intra-psychique pour déboucher sur les enjeux de coopération.

Limite pour les autres ?

Le coaching permet également aux dirigeants de s’interroger sur le réalisme des objectifs sur lesquels ils cherchent à mobiliser les équipes et aussi sur la façon dont les chantiers doivent être abordés pour qu’un « encore plus » puisse effectivement être délivré, sans provoquer un épuisement généralisé et une perte de sens au niveau du terrain…

D’autant plus que les dirigeants s’inscrivent dans une histoire organisationnelle : leurs prédécesseurs ont bien souvent tenté des choses, et rehaussé les ambitions et les objectifs, dans le passé. Dès lors, l’impulsion qu’un dirigeant fraîchement nommé veut donner à son entité, peut apparaître aux yeux des salariés comme une énième demande d’efforts, qui s’ajoute à une liste déjà longue et dont on peut questionner le sens profond.

Illimitisme et coût humain au travail
Le Conseil économique, social et environnemental (Cese), dans une étude publiée en 2025, montre l’impact du travail
sur la santé des salariés et leurs performances professionnelles. Voici, à titre d’exemple, quelques conséquences relevées :
• un tiers des salariés souffrirait de stress chronique ;
• le présentéisme, situation où les salariés sont présents au travail alors même qu’ils sont malades et devraient être en arrêt, représente un manque à gagner pour les entreprises de l’ordre de 14 Md€ à 25 Md€ par an, en raison de la baisse de productivité et des erreurs commises ;
• l’absentéisme (dont le taux a augmenté de 27 % entre 2019 et 2024) a un coût estimé de 10 Md€ pour les entreprises.
Par ailleus, selon le baromètre d’avril 2026 de Workplace Options, la première cause d’arrêt maladie pour plus d’un tiers des actifs est liée à leur travail.

(Source : Dossier « Projecteurs » de BPIFrance Création. Mai 2026)

Limites pour tous ?

La tentation de l’illimitisme est porteuse de bien des périls, mais nos cerveaux devront bien, tôt ou tard, prendre acte d’une réalité factuelle : en définitive, la seule chose qui soit vraiment infinie, c’est la courbe qui enregistre l’augmentation des températures sur Terre…

Cette prise de conscience générale ne constituera pas une « apocalypse cognitive », mais le coaching sera un allié précieux pour permettre aux dirigeants d’avancer dans/avec cette nouvelle représentation du monde.

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C’est en naviguant en permanence entre deux polarités (la recherche d’une performance plus grande, d’un côté, et la prise en compte des obstacles que le Réel oppose à leur volonté, de l’autre côté) que le coaching permet aux dirigeants de trouver une voie de transformation humaine, qui est le plus souvent progressiste et réaliste.

C’est en tout cas comme cela que je l’envisage et le pratique depuis plus de 20 ans, consciente des risques, et confiante, malgré tout, dans l’intelligence et la créativité humaines.

Et vous, quelle place donnez-vous à la notion de limite dans votre réflexion sur votre efficacité professionnelle ?

Parlons-en !