Mon credo : comprendre sans s’enliser, et décoder sans projeter.

« La plus grande des vertus, c’est la compréhension. Elle est la base de tout ce qui est bon dans la vie. » Bouddha

Un des grands débats qui traversent et agitent la communauté des coachs depuis presque toujours est relatif à la « compréhension » de ce que disent les clients. Si je résume (de manière sans doute un peu caricaturale), on peut identifier deux positions antagonistes :

  • Certains (notamment les praticiens qui se réfèrent aux théories systémiques) considèrent que le coach n’a pas besoin de comprendre son client, et que la volonté de comprendre est une sorte de déformation cartésienne qui peut s’avérer néfaste à la puissance de l’accompagnement car éloignerait de l’écoute pure, voire flottante,
  • Quand d’autres (notamment les coachs d’orientation psycho-sociologique) estiment au contraire que le fait de comprendre les propos du client permet un travail plus ajusté autour du décodage des situations qu’il vit et des ressources qu’il doit mobiliser pour se développer et/ou s’y mouvoir de façon plus satisfaisante pour lui.

En ce qui me concerne, j’ai toujours eu une plus grande affinité avec la seconde famille.

Et vous : où vous situez-vous et pourquoi ? Etes-vous au clair sur ce point fondamental, dans votre posture d’accompagnant ?

Comprendre : oui mais quoi ?

Un travail en exécutive coaching de plus en plus régulier avec des dirigeants, m’a convaincue du fait qu’avec ces populations tout particulièrement, et dans ce type de prestations orientées sur l’efficacité professionnelle à haut niveau, il est absolument nécessaire de comprendre ce que disent les clients. Encore faut-il préciser les contours de ce qu’il s’agit de comprendre et les éventuelles limites à cette intention.

Bien sûr, il ne s’agit pas de chercher à comprendre les éléments techniques relatifs à l’expertise-métier du client, ce qui n’aurait aucun sens puisque la valeur ajoutée d’un bon exécutif coach tient justement dans sa capacité à accompagner des personnes issues de toutes les fonctions qui structurent une organisation, sans les maîtriser lui-même. L’expertise du coach tient donc surtout à son agilité à percevoir ce qui compte et sa capacité d’immersion dans des univers professionnels très différents.

Les dirigeants ont besoin que nous les comprenions

Pour être perçu comme un interlocuteur précieux par les clients, il s’agit selon moi de comprendre plusieurs aspects de leurs propos :

  • 🏢Le contexte institutionnel et organisationnel dans lequel le client évolue,
  • 👔Sa place, son rôle, et son statut,
  • 📌Ses attributions, son périmètre de responsabilité et leurs limites dans le système,
  • 🎭Le contexte culturel spécifique à l’entreprise (ses valeurs, les usages, les attitudes valorisées ou dévalorisées, les tabous et les non-dits, le style de leadership des dirigeants passés et actuels…),
  • 🌍Dans certains cas (notamment lorsqu’il s’agit de groupes internationaux), le contexte culturel au sens le plus large : celui des nationalités, des langues, des représentations du monde et des croyances propres à chaque pays,

Une bonne reformulation synthétique du contexte constitue donc souvent un levier puissant pour l’engagement du coaché dans le travail avec son coach.

A contrario, j’insiste sur le fait que ne pas comprendre ces éléments situationnels et contextuels produit des effets très déplaisants pour le coaché qui doit perdre du temps à expliquer (et parfois réexpliquer ! pour répondre à des questions d’investigation maladroites du coach !) des éléments qui devraient être aisément assimilés par ce dernier. Cela peut fortement fragiliser l’alliance.

Enfin soulignons que, ces éléments fondamentaux, s’ils ne sont pas parfaitement assimilés par le coach, peuvent conduire à des erreurs d’interprétation extrêmement préjudiciables à la fois pour le coaching, le coaché, l’organisation, et bien sûr, par ricochet… pour la réputation de professionnalisme du coach lui-même !

Il faut parfois savoir pour pouvoir comprendre

Une dirigeante de PME que j’accompagne en ce moment m’a dit, en bouclage de sa première séance : « Ce qui est super, c’est que vous avez très bien compris tout ce que je vous ai raconté. C’est pourtant bien compliqué ! »

Ce sentiment d’être compris.e sur la situation, renforce l’alliance et permet ensuite au coaché d’exposer ses difficultés, ses dilemmes et ses doutes, en toute confiance…

Mais pour parvenir à comprendre des contextes organisationnels souvent très complexes, le coach doit posséder et savoir mobiliser un fort bagage en sociologie des organisations et en décodage des systèmes d’acteurs et des jeux auxquels ils donnent souvent lieu. Ce n’est malheureusement pas un sujet fréquemment traité dans les nombreuses formations au coaching, qui se centrent sur l’intrapsychique. Il y a donc, pour bien des praticiens, besoin de conforter cette zone de compétences liée au décodage organisationnel, institutionnel et culturel.

Le fait d’avoir une véritable expérience interne des organisations peut aussi constituer un atout, sans être pour autant une étape indispensable dans le cursus du coach, et avec les points de vigilance relatifs au risque de projection.

Comprendre l’intrapsychique : l’art de naviguer entre théorie et mystère

Une fois ce socle posé, il me semble évidemment nécessaire de comprendre le client et sa subjectivité : ce qu’il vit, ce qu’il éprouve, la façon dont il pense, ses croyances, ses drivers dans l’action, et aussi … ses angles morts et zones d’ombre. Il importe aussi de comprendre tout ce qui n’est pas explicitement formulé, mais plane sur (ou sous) les propos du coaché…

Ici, il s’agit donc de compréhension dans le double sens du mot : comprendre intellectuellement et accueillir émotionnellement.

Cela nécessite de mobiliser trois types de compétences :

  1. 🧭Savoir mobiliser avec pertinence des savoir théoriques en psychologie pour éclairer le travail avec le client et se donner des hypothèses d’intervention pertinentes,
  2. 🔍Savoir identifier et lui transmettre des grilles de lecture psychologiques qui l’aideront à analyser ce qu’il vit sous des angles renouvelés,
  3. 🌿Pouvoir lâcher et admettre qu’on ne comprend pas tout et qu’une part des ressorts puissants que nous permettrons au coaché de mobiliser nous échappent à nous-même ; en effet, il y a quelque chose d’irréductible dans chaque humanité ! C’est aussi ce qui fait la beauté du coaching…

En somme, les connaissances concernant l’intrapsychique ne suffisent pas, si elles ne sont pas articulées avec celles relatives au système.

***

C’est en s’appuyant sur ces deux « jambes » que l’Executive Coaching peut constituer un accompagnement à la fois percutant et subtil, capable de démontrer une réelle valeur ajoutée pour des interlocuteurs exigeants, et qui ont besoin d’aller vite pour accepter de ralentir !

Et vous : sur quel aspect portez-vous le plus attention dans votre pratique d’exécutive coach : le système ou l’intrapsychique ? Et quel serait votre axe de développement majeur pour la suite de votre parcours de coach ?

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