Ou comment la COVID peut écarteler (aussi) les coachs

Dans l’essai récemment paru chez Fayard : « D’un monde à l’autre », les auteurs (Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir) reviennent sur cette question clé de notre temps : « Comment articuler les enjeux de fin de mois et de fin du monde ? ». Je propose d’explorer ici cette question du point de vue des coachs, en me basant sur mon propre vécu de ces derniers mois et en suivant mon imagination concernant les prochains.

Car d’évidence, le contexte nous éprouve tout autant que nos clients, dirigeants ou managers. Il vient secouer notre capacité d’adaptation, débusquer notre créativité, titiller notre résilience, tester notre résistance au stress et, par ailleurs, creuser notre besoin de sens. Mais surtout, il percute et bouscule nos différents horizons temporels : nous courons le risque d’être happés par le très court terme, alors même que nous savons que les enjeux majeurs de l’humanité se situent sur le long terme (horizon 2030-50 pour l’acmé programmée de le crise climatique).

Que pouvons-nous faire dans ce maelstrom objectif et subjectif ?


Bien identifier les sirènes du très court terme

En tant que personnes, nous courons d’abord le risque d’être régulièrement hypnotisés par le très court terme. La gestion de la crise sanitaire se faisant presque exclusivement en mode réactif, au jour le jour, nous avons découvert avec stupeur ce printemps que nous pouvions être enfermés à domicile presque du jour au lendemain et être sommés de télétravailler intégralement sous cinq jours.

En cette fin d’été, nous sommes questionnés sur notre pratique au quotidien : Que vais-je faire demain ?

  • Séance en présentiel ou poursuite du travail en ligne ?
  • Coaching avec masque ou sans masque ?
  • Chaleur, climatisation ou fenêtre ouverte ?
  • Transports en commun ou vélo ?

Des choses impensables ont eu lieu au printemps et des limites inconcevables auparavant ont été franchies ou déplacées ces derniers mois, comme des feuilles d’automne, par un souffle léger…

Notre vigilance au très court terme en est exacerbée. Notons que c’est très usant ! Nous avons donc besoin de nous restaurer.

Débusquer les klaxons du moyen terme

En tant qu’indépendants, ayant des enjeux économiques forts, nous pouvons par ailleurs être crispés sur le moyen terme :

  • Qu’en sera-t-il de notre travail en 2021, voire en 2022 ?
  • Quels impacts la crise économique va-telle avoir sur notre activité ?
  • Quelles seront les coupes budgétaires chez nos clients ? Comment allons-nous y faire face ?
  • Mais aussi, a contrario, quelles entreprises profiteront de ce chaos, en saisissant des opportunités inouïes, et pourront consacrer des budgets au développement de leurs collaborateurs et à l’optimisation de leur fonctionnement ?
  • Et de notre côté : quels seront nos propres rebonds ? Où, comment, avec qui ?

Sur ce plan, il me semble que nous avons besoin de nous déterminer, de savoir ce qui nous tient à cœur, d’être actif sur ce qui dépend de nous et aussi de lâcher prise pour accueillir ce qui adviendra. Notons que c’est très requérant.

Tendre l’oreille à l’appel du long terme

Enfin, en tant que citoyens du monde, nous pouvons être angoissés par le long terme et démunis face au sentiment d’impuissance qu’il nous arrive d’éprouver. Les indices du réchauffement climatique, et des dérèglements en chaine qu’ils provoquent, s’accumulent presque aussi vite et inexorablement que la COVID s’est répandue à la surface du globe. Et les lendemains ne chantent guère… Alors :

  • Comment pouvons-nous, à notre modeste échelle, agir et apporter une contribution sur ces aspects vitaux pour nous, le genre humain et l’ensemble des formes de la vie sur terre ?
  • Comment pouvons-nous participer à la transition énergétique de nos clients et à la révolution culturelle qui devra la sous-tendre, et peut-être la conditionne ?

Sur ce registre, peut-être pouvons-nous commencer par :

  • Connaître et comprendre un peu mieux les processus destructeurs de notre écosystème qui se déploient,
  • Identifier les mille façons dont nous y contribuons…
  • … Et donc, les nombreux leviers dont nous disposons pour cesser de le faire.

Ce serait, certes, un petit pas, mais en avant.


Plus que jamais, nous sommes sur-sollicités, émotionnellement, psychiquement, et cognitivement. Nous voilà donc invités à nous montrer capables de nous ancrer dans notre passé et de nous tenir, droits mais souples, dans notre présent, afin d’y puiser les forces nécessaires pour nous tourner, avec suffisamment de confiance, vers tous nos futurs, immédiats et lointains…

Un défi de plus, en somme !

Parlons-en !